Une formule pour des partenariats durables au Burkina Faso

Depuis le 2018, le projet Evidence to Action (E2A) est en partenariat avec le ministère de la santé du Burkina Faso pour renforcer les services essentiels de santé reproductive et de planning familial volontaire. Le Dr André Yolland Ky, ancien Directeur de la Santé de la Famille et collaborateur apprécié, nous fait part ci-dessous de son point de vue sur ce partenariat unique en son genre et nous explique pourquoi il peut servir de modèle pour de futurs programmes.

Qu’est-ce qui rend un partenariat efficace ? Lorsque je pense à la collaboration de notre Ministère de la Santé avec le projet E2A, un certain nombre de choses résonnent pour moi mais je pense que le plus important est de réfléchir aux points forts de notre partenariat, car ils peuvent nous fournir une feuille de route pour l’avenir. Tous sont fondamentaux pour une mise en œuvre efficace et, surtout, pour renforcer l’appropriation par le gouvernement et faciliter le passage à échelle au-delà de E2A.

Je fais référence à des éléments spécifiques tels que…

L’approche participative de E2A – évaluation conjointe des besoins, planification avec les acteurs de terrain et mise en place d’un mécanisme de redevabilité avec ma direction à travers des cadres de consultation et de coordination réguliers de suivi des activités  ;

L’amélioration de la communication entre les différents acteurs de la mise en œuvre ;

✔ La documentation des bonnes pratiques pour éclairer notre prise de décision sur la suite des événements/processus ou interventions.

Ensemble, nous avons progressé au niveau national, où le ministère a désigné E2A comme membre du comité de suivi des performances de son plan national d’accélération de la planification familiale. Au niveau décentralisé, E2A a également soutenu les processus visant à générer la demande en planification familiale, à renforcer les capacités en ressources humaines et à rapprocher davantage les communautés des établissements de santé.

À tous les niveaux, notre travail avec E2A découle de notre engagement commun et de l’accent mis sur les personnes, en tant que bénéficiaires mais aussi qu’acteurs et décideurs, selon l’approche participative adoptée.

Prise en compte aussi bien des structures sanitaires que des communautés

Pour s’attaquer aux facteurs qui limitent l’utilisation de la contraception par les femmes et les filles, le plan d’action national budgétisé 2017 – 2020 du Burkina Faso a identifié les “Semaines nationales de planification familiale : SNPF” comme une stratégie clé pour accroître l’accès aux services. E2A a apporté un soutien précieux à cette importante initiative, en mettant l’accent sur les adolescents et les jeunes – une cible prioritaire pour notre gouvernement.

E2A a également lancé l’utilisation de “tickets de référence à trois souches” permettant de faire un suivi efficace de la référence et contre-référence des clients de planification familiale – aussi bien par les agents de santé communautaires que par les prestataires des formations sanitaires. Cela a été utile à plusieurs égards. Cette initiative a permis d’améliorer le processus de référence dans son ensemble du, et donc le suivi des clients. Elle a renforcé la continuité des services, ce qui a permis d’améliorer la rétention des clients.  Enfin, ce nouveau processus a également amélioré la qualité des soins en donnant aux services de planification familiale une dimension humanisante – plus adaptée et plus axée sur les besoins des clients, et en renforçant la confiance de ces derniers.

En conséquence, par cette approche, nous avons pu accroître la demande et l’utilisation des services de santé reproductive en général et de la planification familiale en particulier.

Femmes en attente pour la consultation médicale à la maternité du district sanitaire de Banfora © Photo TAGAZA DJIBO

Personnes ayant des besoins uniques et urgents

Grâce à notre partenariat avec E2A, nous avons également fait des progrès significatifs en apportant une attention particulière et des soins de santé indispensables aux jeunes parents du Burkina Faso qui en sont à leur première expérience. Je parle ici d’une population de jeunes insuffisamment desservis qui se trouve à une période charnière, de transition dans leur vie : celle du passage de la vie d’adolescents, de jeunes à celle de parents.

En effet, ces jeunes parents pour la première fois sont appelés à assumer des responsabilités au sein de leur famille et de la société. Et ils sont parfois confrontés au jugement et à la stigmatisation de la société et de la communauté à un moment où ils ont le plus besoin de son soutien et de ses conseils. Ces jeunes parents sont également, pour la première fois, appelés à assumer de nouvelles responsabilités liées à leur partenaire et à leur nouveau-né, dont la survie et l’avenir dépendent d’eux.

Je suis convaincu qu’il est important d’atteindre cette population de jeunes parents grâce à un ensemble d’interventions ciblées, tant au niveau de la communauté que des établissements de santé. Ce qui m’a le plus enthousiasmé dans l’approche de travail de E2A avec les parents pour la première fois, c’est :

 L’attention particulière accordée aux couples, c’est-à-dire aux jeunes mères et à leurs partenaires masculins.

L’implication des leaders sociaux, familiaux et communautaires, comme les belles-mères, qui sont des influenceurs souvent oubliés dans nos interventions de santé, même si leur rôle est très important dans le processus de changement social et comportemental.

Un ensemble complet de sujets abordés, qui s’inscrivent dans un continuum de soins intégrés qui nécessite de mettre à disposition des services de qualité en amont.

Vous pouvez en savoir plus sur ce programme destiné aux parents pour la première fois, notamment sur les différents canaux de communication et les mécanismes de suivi mis en place par le programme E2A, ICI.

Les personnes qui fournissent les soins de santé

Des ressources humaines qualifiées et compétentes sont les premières et les plus essentielles de tout système, et pas seulement dans le système de santé. La capacitation des prestataires, tant en formation initiale ou en en formation continue, est fondamentale. Dans un contexte de ressources limitées et de besoins toujours croissants, l’innovation mérite d’être favorisée.

Le ministère de la santé du Burkina Faso s’investit dans l’amélioration des approches en matière de ressources humaines pour mieux servir les clients. E2A a soutenu notre effort en pilotant la formation sur site des prestataires.

La formation sur site nous permet de former beaucoup plus de prestataires, ce qui permet d’économiser du temps et de l’argent. Elle a également l’avantage de permettre aux prestataires d’être formés en situation réelle – dans leur environnement de travail habituel. Cette approche permet aux prestataires d’accroître leur connaissance du site et d’adapter le contenu de la formation à leurs conditions de travail réelles. Grâce à E2A, l’efficience de cette approche a été clairement démontrée. Et elle est actuellement utilisée dans d’autres régions/districts pour la mise en œuvre d’autres interventions et dans d’autres domaines de santé. La prochaine étape logique attendue est d’étendre cette approche au niveau national (plus d’informations à ce sujet dans un instant).

Kabore Absette Edith Sage femme et mentor Pathfinder et Sana Salimata, 17 ans, célibataire échangeant sur les méthodes de contraception, à la maternité de Dogona Bobo Dioulasso (Burkina Faso) © Photo TAGAZA DJIBO

Des personnes qui feront progresser les acquis

E2A a montré un intérêt particulier à fournir un appui direct à notre département de la santé familiale au sein du ministère. Cela comprenait un soutien technique pour renforcer la supervision conjointe ainsi que des améliorations faites au niveau de l’infrastructure qui abrite la Direction de la Santé Familiale, toutes choses qui vont contribuer à accroitre de façon notable la sécurité, la motivation et la productivité du personnel. Ces améliorations permettront, à terme d’accroître la visibilité de la direction auprès des partenaires et des parties prenantes et contribueront de manière significative à l’amélioration de ses résultats.

En réfléchissant à ce partenariat et à mon mandat de directeur de la santé familiale, il y a quelques éléments que j’aimerais beaucoup voir se poursuivre. Je reconnais que le projet E2A se termine cette année, mais le travail admirable que nous avons accompli ensemble peut et doit se poursuivre. Il faudra une forte implication des acteurs de la partie nationale pour donner aux acteurs des régions et des districts sanitaires les moyens de s’approprier les interventions. C’est la voie à suivre pour étendre ces programmes dont l’impact et l’efficience ont été éprouvés au niveau national.

C’est la formule qui permettra de créer un changement durable pour le peuple du Burkina Faso.

 


Lire le rapport de synthèse.