Le moment est venu de passer à échelle la planification familiale après-avortement pour les jeunes au Sénégal

Author's photo—she wears pink scrubs and a maskEntre septembre 2018 et juillet 2019, le projet Evidence to Action (E2A) de Pathfinder International, avec l’appui de l’USAID et en étroite collaboration avec le projet Neema de IntraHealth International a appuyé le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale du Sénégal (MSAS) pour la mise en œuvre et la planification du passage à grande échelle (PAGE) d’une intervention dénommée planification familiale après avortement adaptée aux adolescents et jeunes (PFAA-AAJ). Ci-dessous la sage-femme chef du centre de santé de Mbacké, une partenaire locale appréciée, partage son expérience.

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Une jeune fille de 13 ans était en détresse. Elle est arrivée dans notre centre de santé en se débattant pour décrire sa situation. Elle a dit qu’elle n’était pas mariée et qu’elle ne pouvait pas être enceinte. Il est vite apparu que cette fille avait récemment avorté.

Comme d’autres jeunes clientes que j’ai rencontrées en tant que prestataire de santé, cette fille avait besoin de conseils éducatifs sans jugement. Elle avait besoin de soins après-avortement de qualité, y compris la prise en charge de toute complication après-avortement, des conseils et une planification familiale volontaire, adaptés à ses besoins d’adolescente. Par-dessus tout, elle avait besoin d’être traitée avec compréhension, afin qu’elle puisse mieux se comprendre elle-même.

Il est vrai que les soins de planification familiale après-avortement pour les jeunes restent une question sensible dans la région de Diourbel au Sénégal – et dans notre pays en général. Les jeunes clientes des soins après-avortement comme cette fille ont généralement peu de pouvoir de décision.

Nous nous efforçons de changer cela.

Je veux sauver la vie des femmes

En général, les soins après-avortement ne sont pas nouveaux au Sénégal. Notre pays a introduit et étendu les soins après-avortement aux hôpitaux régionaux en 1997 et aux centres de santé en 2003.

Cependant, au sein de nos centres de santé, nous avons dû faire face à de nombreux défis qui ont rendu difficile la pérennisation de ces premiers progrès. En tant que sage-femme, je peux vous dire que les soins après-avortement étaient fournis, mais qu’ils n’étaient pas efficaces.

Nous manquions d’espaces dédiés pour fournir des conseils. Parfois, nous étions vraiment surchargées de travail, ce qui nous empêchait de consacrer suffisamment de temps à nos clientes ou de suivre toutes les étapes nécessaires à des soins après-avortement respectueux, y compris la fourniture de conseils et la planification familiale volontaire.

Le Sénégal avait le plus grand nombre de clientes des soins après-avortement, le plus faible taux de conseil et le plus faible taux de clientes ayant choisi la contraception après-avortement parmi quatre pays d'Afrique de l'Ouest évalués par le projet E2A entre 2008 et 2012.

Et qu’en est-il des jeunes ? La planification familiale après-avortement adaptée aux adolescents et aux jeunes est presque inexistante.

Les complications liées à un avortement non médicalisé sont une cause majeure de mortalité pour les femmes et les jeunes filles du Sénégal. Si nous voulons contribuer à la réduction de la mortalité maternelle, nous devons élargir l’accès à des soins après-avortement complets, y compris la planification familiale volontaire pour les jeunes.

Je veux sauver la vie des femmes. C’est pourquoi j’ai participé à ce projet—

Faire œuvre de pionnier de la planification familiale après-avortement pour les adolescentes et les jeunes au Sénégal

Avec le soutien de l’USAID, de E2A et du projet Neema, les prestataires de notre centre de santé ont participé à des formations sur les services de planification familiale après-avortement adaptés aux adolescentes et aux jeunes. Nous avons amélioré nos services de conseil adaptés aux jeunes.

“[Ce projet] a permis de changer notre approche par rapport à la prise en charge des adolescentes/jeunes. C’est une cible fragile qui a besoin de compréhension et de discrétion. Avant la formation sur les SAA-AAJ, on laissait les clientes SAA jusqu’au 8eme jour après l’avortement pour qu’elles prennent la contraception. Après la formation c’est immédiatement après les SAA qu’elles sont prises en charge afin de leur permettre de quitter la structure avec une méthode PF.’’ —Un Prestataire de Mbacke

Grâce à ce projet, nous avons créé une salle adaptée aux jeunes. Nous avons élaboré du matériel de sensibilisation – affiches et dépliants —sur les avantages de l’adoption de la planification familiale après-avortement. Nous avons renforcé ces messages en impliquant les décideurs, tels que les partenaires et autres parents proches des clientes.

Le projet nous a permis d’améliorer notre utilisation des outils pour une gestion plus efficace des soins après-avortement. J’ai joué un rôle de mentor, et le projet a soutenu mon équipe en offrant une supervision facilitante à nos activités et en recueillant périodiquement des données et en fournissant un retour d’information sur nos progrès.

Je suis vraiment encouragée par les résultats.

En 9 mois, notre centre de santé a vu un taux d’adoption de planification familiale de 78% parmi les clientes des soins après-avortement, contre seulement 17% au début du projet.

Augmentation du taux d'adoption de la planification familiale parmi les clientes de soins après avortement

Je suis particulièrement fière de l’adoption de contraceptifs réversibles à longue durée d’action chez les jeunes.

Lorsque je regarde ces résultats, je pense à la jeune fille de 13 ans qui est arrivée à notre porte en détresse. Grâce à ce projet, nous avons su exactement comment l’aider.

Nous avons pu trouver les bons mots pour l’aider à comprendre sa situation. Nous l’avons conseillée sur la planification familiale après-avortement. Nous avons discuté avec elle des risques auxquels elle était confrontée et des perspectives qu’elle avait pour son avenir. Nous avons fait tout cela en la traitant avec dignité et en lui garantissant la confidentialité. Lorsqu’elle a finalement quitté l’établissement, elle a été rassurée. Et elle avait choisi d’utiliser une méthode contraceptive réversible à longue durée d’action.

Toutes les femmes et les jeunes filles du Sénégal doivent avoir accès à ces options vitales.

Planifier pour atteindre durablement plus de personnes dans plus d’endroits

Grâce à ce projet, j’ai eu l’occasion de participer à un processus stratégique de mise à l’échelle de notre projet pilote. En tant que prestataire, cette expérience m’a motivé. J’ai été heureuse de constater à quel point l’accent était mis sur l’importance d’une gestion efficace des soins après-avortement.

Maintenant, nous devons rester concentrés.

Tous les prestataires devront être formés à la planification familiale après-avortement —en mettant l’accent sur les besoins spécifiques des jeunes. J’aimerais également que des services plus intégrés, tels que les infections sexuellement transmissibles et la violence basée sur le genre, soient inclus dans ces programmes de formation, comme cela a été le cas dans la formation que nous avions reçu à travers ce projet.

Nous devons continuer à améliorer la collecte de données sur les conseils en matière de planification familiale après-avortement. Et nous devons aménager davantage d’espaces sûrs pour les jeunes.

La vie de nombreuses femmes et jeunes filles sénégalaises en dépend.

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report and brief publication thumbnailsRapport de la documentation de la phase pilote de l’offre de services de « planification familiale après avortement adaptée aux adolescentes et jeunes » dans la région de diourbel

Lire le rapport (en français)
Lire le rapport de synthèse (en français et anglais)

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Un webinaire sur la Pratique à Haut Impact – Planification familiale après-avortement : Une composante essentielle des soins après-avortement.