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Infos E2A: Avril 2016

Les acteurs sur le terrain prennent la parole : Accès à la planification familiale dans la province de Lualaba en RDC

Dans ce diaporama, découvrez les femmes et les hommes (clients, agents distributeurs à base communautaire, prestataires de services et responsables sanitaires) dans la province de Lualaba en République démocratique du Congo, qui nous font part de leur enthousiasme en nous expliquant ce que les services de planification familiale à base communautaire signifient pour eux.

Il existe une demande énorme en RDC en matière de planification familiale au sein de la communauté. Une personne interpelant E2A : "Où était votre projet auparavant ? Mais qu'attendiez-vous ?"

Dans la province de Lualaba en République démocratique du Congo (RDC), des femmes de tout âge, des jeunes hommes avec des enfants en bas-âge, d'autres plus âgés accompagnant leur femme, et des adolescents arrivent en masse au marché central et se rassemblent en grands groupes sous les arbres d'un parc municipal pour converser, faire des achats et vendre des objets. Et, pour la première fois, beaucoup d'entre eux viennent adopter une méthode contraceptive de leur choix.

Le personnel d'E2A a sélectionné le marché et le parc municipal comme des endroits idéaux pour les stratégies avancées du projet. Les stratégies avancées font partie d'une approche innovante appliquée par le projet de planification familiale à base communautaire d'E2A soutenu par la mission de l'USAID dans les provinces de Lualaba, du Kasaï Central et de Lomami en RDC. Le projet fournit aux populations rurales un accès à des services de planification familiale de haute qualité là où elles en ont le plus besoin : à leur domicile, dans des endroits situés à proximité qu'elles fréquentent et où elles se rassemblent, et au niveau des centres de santé locaux.

Le projet dessert actuellement des zones difficiles à rallier dans 15 zones de santé et 51 aires de santé réparties dans trois provinces, soit un faible segment de ce vaste pays. On dénombre en effet 515 zones de santé à travers la RDC, un pays qui s'étend sur plus de deux million de kilomètres carrés.

E2A : Mais qu'attendiez-vous ?

Dans le cadre des stratégies avancées, qui ont lieu deux fois par mois dans chaque aire de santé, les agents distributeurs à base communautaire (ADBC) comme Huguette dispensent aux femmes et aux hommes des informations en matière de planification familiale, notamment sur l'éventail des méthodes disponibles : implants contraceptifs, méthodes injectables (DMPA), condoms masculins et féminins, pilules à progestatif seul et contraceptifs oraux, et méthodes du collier. S'ils souhaitent obtenir une méthode, Huguette réfère ces hommes et ces femmes vers une clinique temporaire mise en place pour la journée. Plusieurs infirmières issues des centres de santé situés à proximité coordonnent leurs efforts avec les ADBC lors des stratégies avancées pour assurer un soutien et offrir des services de conseils ou des contraceptifs gratuits au sein des cliniques temporaires.

Pour un coût avoisinant les 60 dollars par stratégie avancée, ces rassemblements constituent une innovation d'un bon rapport coût-efficacité pour dispenser des services de planification familiale aux femmes et aux hommes n'ayant ni le temps ni les moyens de se rendre au centre de santé le plus proche. En l'espace de trois heures au marché central de Fungurume, 355 personnes ont ainsi initié l'usage d'une méthode de planification familiale. Les infirmières ont administré onze implants et deux injectables et distribué 107 colliers, 28 condoms féminins, 114 condoms masculins, 34 paquets de pilules à progestatif seul et 59 paquets de contraceptifs oraux.

Où était votre projet auparavant ?

"Où était votre projet auparavant ?," s'interroge Maurine Tshinngo Mwinza, une femme de 24 ans mère célibataire de deux enfants, présente à la stratégie avancée organisée au parc municipal de Mutshatsha en RDC. Mutshatsha est une zone rurale séparée de Kolwezi, la ville la plus proche, par une piste de terre rouge de 180 kilomètres recouverte de nids-de-poule, de pierres et de ravins nouvellement formés.

Maurine est venue au parc pour obtenir de nouvelles pilules contraceptives. "Je ne serais pas aujourd'hui mère célibataire de deux enfants si j'avais eu accès à des contraceptifs," explique-t-elle.

“Les femmes de Mutshatsha sont ravies de voir que ces méthodes sont disponibles au niveau communautaire car cela signifie une amélioration du niveau de vie des ménages," affirme Mwenze Banza, 33 ans et mère de 7 enfants. Elle aussi a assisté à la stratégie avancée pour bénéficier d'une méthode contraceptive pour la première fois.

"Je ne veux plus avoir d'enfants. Sept, c'est assez," affirme Mwenze.

En raison du mauvais état des routes et de la vétusté de l'infrastructure dans bon nombre de régions, la prestation de services de planification familiale aux femmes comme Maurine et Mwenze a été extrêmement limitée. Cette situation a amené les femmes à continuer de donner naissance en dépit de moyens limités pour subvenir aux besoins d'une famille nombreuse et de leur désir de ne plus avoir d'enfants.

D'après la dernière étude démographique et de santé réalisée en 2014, le nombre moyen d'enfants par femme en RDC est extrêmement élevé : plus de six dans les zones urbaines et plus de sept en milieu rural. Seulement 8% des femmes mariées en âge de procréer utilisent une méthode de contraception moderne. Dans les provinces ciblées par E2A, les statistiques font état d'une situation encore plus alarmante : en 2014, entre 4% et 5% des femmes dans chacune des trois provinces utilisaient une méthode contraceptive.

Mais les choses commencent à évoluer dans la province de Lualaba.

Un changement à l'horizon

"J'ai décidé avec mon mari de me faire poser un implant aujourd'hui," explique Véronique Kabadi, qui a reçu le cinquième implant du jour au sein de la clinique mise en place à l'arrière du marché central de Fungurume.  Véronique, 44 ans, mère de six enfants, affirme ne plus vouloir tomber enceinte. "En raison du nombre d'enfants que nous avons et de nos revenus limités, nous ne pouvons pas subvenir à leurs besoins."

Véronique, comme beaucoup d'autres personnes présentes au marché ce jour-là, a entendu parler de la disponibilité des contraceptifs, notamment des implants, auprès d'un ADBC travaillant dans son village. Les ADBC, comme toutes les catégories de prestataires de services engagés par le projet, sont formés pour dispenser des informations en matière de planification familiale en recourant à une approche encourageant l'implication des hommes, notamment à l'aide de séances de counseling auprès des couples lorsque cela est possible.

"Dans la mesure où j'ai été élu dans ma communauté et que la plupart des gens savent ce que je fais, on me fait confiance," indique Paulin Mushid Ngwej, un ADBC de 47 ans et père de 7 enfants.

Comme la plupart des ADBC, Paulin œuvrait comme relais communautaire avant d'être formé par E2A pour sensibiliser sa communauté aux bienfaits de la planification familiale et pour dispenser des conseils et des méthodes non cliniques. E2A a formé 408 ADBC dans les trois provinces à la prestation de services de planification familiale et de santé infantile, notamment pour l'administration de sels de réhydratation orale et de zinc en cas de déshydratation.

C'est grâce à des ADBC comme Huguette et Paulin que Mathilda Mwepu, 28 ans, et son mari Siméon Kabila Lwabanza, 32 ans, peuvent réaliser leur volonté d'espacer leur prochaine grossesse.

"J'ai eu deux enfants mais j'ai perdu l'un d'eux, » explique Mathilda. « Nous souhaitons espacer notre prochaine grossesse de quatre ans."

Siméon et Mathilda, qui retrousse sa manche avec fierté pour montrer son implant, se désignent à présent comme des "déviants positifs." Ils aident à promouvoir les avantages du recours à la contraception au sein de leur communauté et auprès de leurs amis et de leur famille. Ils sont le reflet de communautés manifestant leur enthousiasme d'avoir enfin accès à des services de planification familiale.

"Si beaucoup de personnes obtiennent des informations grâce à nous, cela signifie que nous faisons bien notre travail," déclare Mathilda.

Les ADBC constituent un des groupes chargés de sensibiliser les communautés à l'utilisation des services de planification familiale à travers les activités soutenues par E2A visant à générer davantage de demande et à orienter les femmes et les hommes vers les stratégies avancées et les centres de santé pour pouvoir profiter de services cliniques. D'autres agents chargés d'accroître la demande pour ce type services sont mobilisés par le projet : 250 membres de comités de développement sanitaire (CODESA), 250 chefs de file communautaires, 175 champions communautaires et 300 représentants de la jeunesse.

Dans les trois provinces, près de 200 000 personnes ont ainsi bénéficié d'informations en matière de planification familiale et de santé infantile à travers ces groups.

Manika : Les femmes prennent les choses en main

Dans l'aire de santé HGR de la zone sanitaire de Manika, fait unique parmi les sites E2A en RDC, les agents distributeurs à base communautaire (ADBC) femmes sont plus nombreuses que leurs homologues masculins et une femme, Konike Upite, officie comme présidente du Comité de développement sanitaire connu sous l'appellation de CODESA.

"Nous veillons à ce que les femmes puissent être impliquées dans les activités ayant pour but de faciliter leur autonomisation," explique Koniki. "Nous abordons divers sujets ayant trait à la santé et élaborons des stratégies liées aux problèmes rencontrés dans nos communautés."

"Nous nous rendons dans les lieux que fréquentent les hommes quand ils reviennent du travail et discutons avec eux de la planification familiale, tout en restant en contact avec d'autres hommes dans nos communautés," poursuit-elle.

Il existe à l'heure actuelle huit ADBC, dont sept femmes et un homme, desservant la zone de santé HGR.

"Les femmes nous posaient des questions : 'Où étiez-vous ? Pourquoi n'êtes-vous pas venus plus tôt ' se remémore Koniki, en parlant de son double rôle en tant qu'agent distributeur de services de planification familiale à base communautaire. "Si bon nombre de femmes acceptent la planification familiale à l'avenir, nous pourrons mettre en place des stratégies permettant d’espacer les grossesses."

Le projet E2A couvre trois aires de santé sur les treize que compte Manika. Malgré sa couverture limitée et le faible temps dont il a disposé à Manika (10 mois à ce jour), l'usage de contraceptifs a augmenté dans des proportions considérables sur l'ensemble de la zone, passant ainsi de 15% à 28%.

Le principal objectif des interventions d'E2A en RDC consiste à impliquer aussi bien les hommes que les femmes dans la prestation et l'utilisation des services de planification familiale. Pour ce faire, il est nécessaire que les communautés et les institutions s'attaquent aux normes largement répandues sur la dimension de genre qui ont au fil des années ont entravé la capacité des femmes à prendre des décisions relatives à leur santé sexuelle et génésique.

En ayant plus de femmes, comme Koniki, siégeant au sein des CODESA et dirigeant ces comités, les femmes disposent d'une plateforme pour s'exprimer publiquement, faire entendre leurs priorités au sein de la communauté et faire part de certaines difficultés qu'elles rencontrent. En soulevant ces questions, les hommes seront davantage en mesure de comprendre les femmes et de les aider à prendre des décisions judicieuses pour planifier leur famille et améliorer leur vie. La représentation des femmes au sein des CODESA depuis le lancement du projet est passée de 17% à 30% des membres des comités.

E2A a par ailleurs intentionnellement recruté des femmes ADBC dans le cadre du projet. Dans bon nombre de communautés, il n'est pas acceptable qu'un homme rende visite à une femme seule dans son foyer. Dès lors, les femmes sont mieux placées pour parler à d'autres femmes de la planification familiale, en particulier en l'absence des hommes. Sur les 408 ADBC recrutés et formés par le projet, 55% sont des femmes.

E2A a employé une approche de formation participative pour faciliter la sensibilisation aux questions de genre et développer les compétences de différents groupes impliqués dans la création de la demande et la prestation de services : des responsables sanitaires des provinces et des zones, notamment les individus officiant comme superviseurs et effectuant des visites trimestrielles pour suivre l'évolution de la prestation de services dans chaque zone de santé, des chefs de file traditionnels, des infirmières dispensant des services de planification familiale et des ADBC. Ces groupes travaillent ensuite avec les communautés pour engager une réflexion sur les questions de genre qui ont façonné leur vie et leur communauté et encouragent un changement positif des normes et des comportements.

"Au début du programme, les hommes n'étaient pas convaincus par le bien-fondé de la planification familiale. Mais il y a désormais des hommes qui viennent me voir et essaient d'avoir accès à des informations et à des produits contraceptifs," explique Kashala Mokuta, qui, en tant qu'ADBC plus âgée, s'est mariée et a fondé une famille bien avant que les services de planification familiale à base communautaire ne deviennent disponibles. Elle a aujourd'hui 14 enfants et de nombreux petits enfants.

"Le principal défi consistait pour une femme à accepter une méthode sans en informer son mari. Mais nous avons aujourd'hui des programmes radio animés par des responsables des zones de santé et des progrès ont été réalisés," dit-elle.

Kashasa fait référence à des programmes radio durant lesquels, trois fois par semaine, des responsables et des chefs de file communautaires s'expriment sur des sujets importants auprès des communautés, notamment s'agissant de la communication entre les hommes et les femmes dans le domaine de la planification familiale. Le projet s'est ainsi servi de ces programmes existants pour sensibiliser la population.

"Les hommes ont appris que les femmes ne sont pas seulement des instruments dont ils se servent à leur guise," explique Jimmy Ngoie, chef de zone sanitaire.

Il affirme, par ailleurs, que depuis le lancement du projet, les hommes ADBC ont commencé à adopter des comportements différents et sont devenus de véritables exemples à suivre pour changer les rôles habituellement dévolus aux hommes et aux femmes. "Les hommes ADBC ont décidé d'adopter un comportement différent," dit-il. "Certains font la cuisine le weekend et aident leur femme à cultiver les terres."